« On a 80 véhicules électriques. Nos collaborateurs ne rechargent pas à domicile. Pas parce qu'ils ne veulent pas : parce qu'on ne sait pas comment le mettre en place. » C'est la phrase que nous entendons le plus souvent au téléphone. L'entreprise sait pourtant que la recharge à domicile coûte environ trois fois moins cher que l'itinérance. Voici la méthode que nous appliquons pour débloquer la situation, en quatre étapes et sans travaux généralisés.
Le blocage n'est pas technique, il est organisationnel
Dans la tête du gestionnaire de flotte, recharge à domicile égale trois choses : des travaux chez 80 collaborateurs, un investissement en bornes, et la responsabilité d'installer du matériel électrique chez des particuliers. Trois raisons de repousser le sujet au prochain trimestre.
Cette équation est fausse depuis que la donnée remplace le matériel. Un compteur communicant mesure déjà l'électricité consommée, le véhicule connaît déjà son état de charge : il suffit de rapprocher les deux. Le déploiement redevient un projet de conduite du changement, pas un chantier.
Étape 1 : cartographier qui peut déjà recharger chez lui
Avant toute décision, il faut savoir de quoi on parle. Un questionnaire de quelques questions envoyé aux conducteurs suffit à obtenir la cartographie complète, en général sous 48 heures.
- Disposez-vous d'un compteur communicant ? La question paraît triviale : plus de 38 millions de compteurs Linky sont installés, soit environ 97 % des foyers.
- Quel est votre type de stationnement : maison individuelle, place en copropriété, parking d'immeuble opéré, stationnement sur voirie ?
- Disposez-vous déjà d'une prise dédiée ou d'une borne à votre emplacement ?
À l'arrivée, trois profils se dégagent presque toujours. Ceux qui peuvent recharger dès ce soir sans rien changer, souvent la majorité. Ceux qui ont un emplacement privatif mais pas d'équipement adapté. Et ceux qui n'ont pas de stationnement privé, pour lesquels le domicile ne sera pas la solution. Cette segmentation détermine tout le reste du projet.
Étape 2 : expliquer aux conducteurs avant de déployer
C'est l'étape que les entreprises sautent le plus souvent, et celle qui décide de l'adoption. Une session de présentation collective de trente minutes, en visio, répond aux trois questions que tout conducteur se pose sans forcément les formuler.
- « Vais-je payer ma recharge de ma poche ? » Non : l'électricité consommée est mesurée et remboursée, au tarif retenu par l'entreprise. C'est le point à annoncer en premier, parce que c'est celui qui bloque.
- « L'entreprise va-t-elle voir ma consommation personnelle ? » Seules les sessions de recharge du véhicule professionnel sont exploitées, avec le consentement du conducteur, et la collecte peut être interrompue à tout moment.
- « Combien de temps ça va me prendre ? » Quelques minutes de connexion, puis plus rien : la recharge se déclare toute seule.
Une entreprise qui impose la recharge à domicile sans passer par cette étape obtient un taux de connexion faible et des relances à répétition. Une entreprise qui l'explique obtient l'inverse, pour le même budget.
Étape 3 : connecter, sans installer quoi que ce soit
Le conducteur autorise deux connexions : celle de son véhicule, via l'API du constructeur ou le boîtier télématique déjà en place, et celle de son compteur communicant. Le rapprochement des deux flux permet d'identifier chaque session de recharge à domicile, d'en mesurer l'énergie et d'en calculer le coût.
Aucune borne connectée n'est nécessaire. Une prise renforcée, une borne non communicante ou une installation existante font le même travail, puisque la mesure ne vient pas du point de charge mais du compteur.
C'est ce qui permet de démarrer sur une partie de la flotte pendant que le reste s'équipe, au lieu d'attendre que tout le monde soit prêt.
Étape 4 : n'équiper que ceux qui en ont besoin
Sur 80 conducteurs, une minorité a réellement besoin de travaux. Pour les autres, une prise renforcée suffit dans la plupart des usages quotidiens : elle délivre environ 3,7 kW, soit une recharge complète pendant la nuit, pour un coût de 300 à 500 € posée.
Le cas de la copropriété
Un collaborateur qui dispose d'une place de stationnement en copropriété peut faire installer un point de charge à ses frais au titre du droit à la prise (ordonnance n° 2020-71 et décret n° 2020-1720), qu'il soit propriétaire ou locataire. La procédure est encadrée : notification par lettre recommandée au syndic ou au bailleur avec un descriptif des travaux, information à la prochaine assemblée générale sans vote, et un délai de trois mois pendant lequel le syndic ne peut s'opposer que pour un motif sérieux et légitime, en saisissant le tribunal judiciaire.
Il faut donc anticiper ce délai dans le calendrier de déploiement, sans en faire un préalable pour toute la flotte. Les conducteurs en maison individuelle démarrent immédiatement.
Ce que ça change sur la facture
Une recharge à domicile en heures creuses revient autour de 0,16 €/kWh, contre environ 0,50 €/kWh sur une borne publique rapide. Pour un véhicule parcourant 20 000 km par an, soit environ 3 600 kWh, l'écart approche 1 200 € par an. Sur une flotte de 80 véhicules, cela représente près de 100 000 € annuels, sans aucun investissement en infrastructure.
« Le projet ne bute presque jamais sur la technique. Il bute sur le fait que personne n'a expliqué aux conducteurs ce qu'ils avaient à y gagner. »
Les quatre erreurs qui font échouer un déploiement
- Attendre que tous les conducteurs soient équipés pour démarrer. Le déploiement se fait par vagues, en commençant par ceux qui peuvent recharger dès ce soir.
- Rembourser au forfait kilométrique faute de mieux. C'est imprécis pour l'entreprise, souvent défavorable au conducteur, et fragile en cas de contrôle.
- Faire installer des bornes connectées chez les collaborateurs pour obtenir la mesure. C'est le chemin le plus long et le plus cher vers une donnée que le compteur fournit déjà.
- Négliger la traçabilité. Un remboursement de frais professionnels doit être justifié, daté et rattaché à un véhicule identifié pour rester exonéré de cotisations.
À retenir
Commencez par la cartographie : un questionnaire de trois questions aux conducteurs donne en 48 heures la répartition entre ceux qui peuvent recharger tout de suite, ceux à équiper et ceux pour qui le domicile n'est pas la solution.
Expliquez avant de déployer : l'adoption se joue sur trois questions, l'avance de trésorerie, la vie privée et le temps demandé au conducteur.
N'équipez que le nécessaire : une prise renforcée à 300 à 500 € couvre la majorité des usages, et le droit à la prise règle le cas de la copropriété en trois mois.
Comment Casawatt intervient
Casawatt certifie automatiquement les recharges effectuées au domicile des collaborateurs, en croisant les données du véhicule et la courbe de consommation du compteur Linky. Aucune borne connectée n'est nécessaire, et le déploiement se fait en quelques jours. Chaque mois, un relevé de justification de frais est généré par conducteur, prêt pour la paie et pour un contrôle.
Nous accompagnons la cartographie et la session de présentation aux conducteurs, et nous orientons ceux qui doivent s'équiper vers un réseau d'installateurs qualifiés IRVE, sans prendre de marge sur le matériel ni sur l'installation.
Vérifier l'éligibilité de votre flotte, simuler le coût de recharge ou prendre rendez-vous avec un conseiller.
Montants et dispositifs à jour d'août 2026, donnés à titre indicatif. Les barèmes et le cadre social évoluent régulièrement : vérifiez les conditions en vigueur au moment de votre projet.